La roche tarpéienne est proche du Capitole

9 juil. 2016

Et si on parlait de cohérence économique ou d'économie cohérente ?

Un concept oublié (retour vers un passé théorique hétérodoxe - op. 1) : 

La cohérence d'un ensemble se définit comme l'absence de contradiction dans l'enchaînement de ses parties entre elles et au sein de son ensemble.

Un postulat de départ :

Une économie est cohérente si chacun des systèmes qui la définissent fonctionnent correctement et ont entre eux des relations elles aussi cohérentes…


Première approche : les quatre systèmes d'une économie cohérente

  • Le système de production
  • Le système démographique et le système d'emplois
  • Le système des échanges et de la monnaie
  • Le système de relations extérieures.
1) Le système de production

Le "système de production" apparaît comme fondamental et il se définit :
  •      par des formes de concurrence traduisant les performances de l'ensemble...
  •      et par des rapports de hiérarchisation entre les branches et les regroupements de ces branches en grands secteurs.
i) Les formes de concurrence : Deux phénomènes sont à distinguer au sein de ces processus de concurrence. Le premier est celui qui oppose des producteurs différents sur le même marché (c'est à dire sur la vente et la production d'un même bien ou d'un même service). Nous nommerons cela la concurrence des producteurs. A coté de ce premier processus existe une seconde concurrence, celle des capitaux. Elle se manifeste par des déplacements de capitaux entre branches différentes au gré des variations des profits. Un producteur se situant dans une branche où le taux de profit est faible va essayer de mobiliser ses capitaux pour investir dans une branche plus rentable. Cette seconde concurrence a été analysée par beaucoup d'économistes comme un principe de cohérence de l'économie : si cette concurrence fonctionne, alors l'économie pourra trouver sa cohésion. Si elle fonctionne mal ou pas du tout, l'économie deviendra rigide et sensible aux crises.

ii) Les rapports de hiérarchisation entre les branches : Les branches ne sont pas simplement ajoutées les unes aux autres au sein des économies. Elles s'organisent entre elles afin de trouver une certaine cohésion. Les économistes ont toujours été partagés pour déterminer les branches les plus importantes au sein de cette cohésion. On a pu effectuer des calculs mathématiques très complexes à ce propos : les résultats ne permettent pas de trancher au sein de ce débat.


2) Le système démographique et le système d'emplois

Le "système démographique" et le "système d'emplois" apparaissent aussi comme fondamentaux.  Ce système se définit :
  •      par des évolutions des grandeurs et des variables démographiques (population totale, population employée),
  •      et par les évolutions des structures et des volumes de l'emploi et par les conditions d'exercice de l'emploi et du travail....
Une économie est aussi (surtout ?) une collectivité humaine. Le système démographique est aussi nécessaire que le système de production.
A coté des variables démographiques et des déterminants de l'emploi et du chômage, il faut ajouter ces conditions d'exercice du travail et de l'emploi pour évaluer le degré de cohérence de l'économie d'un pays ou d'une région.

3) Le système des échanges et de la monnaie

Le fonctionnement des échanges et de la monnaie est aussi un des aspects principaux de la cohérence des systèmes économiques. Les économistes ont d'ailleurs toujours été très gênés par l'étude de la monnaie : ils l'ont souvent considérée comme un "monde à part" n'entretenant que des liaisons particulières avec le monde de la production. La monnaie était ainsi supposée "neutre" ce qui revenait à dire qu'elle avait ses Lois propres différentes des Lois des marchés et de la production. Cette gêne date des débuts de la science économique et a retrouvé une certaine vigueur au sein des mouvements monétaristes récents (Milton Friedman par exemple).
Un exemple européen est là pour nous montrer la difficulté d'une telle analyse : le cas de l'Euro. Il pose en effet une question principale. L'Euro est-il la traduction monétaire d'une économie européenne (mais dans ce cas pourquoi le construire avant que cette dernière soit réalisée ?) ou l'outil privilégié de cette création (mais dans ce cas quid des autres outils ?) Pour comprendre ces relations il faut donc aborder les monnaies et les structures de marché.

4) Le système de relations extérieures

Le système de relations extérieures d'un pays ou d'une région est le dernier des aspects principaux du bon fonctionnement des systèmes économiques. Les économistes ont été sensibles à cette dimension dès le début de leurs réflexions : ils l'ont souvent considérée comme un élément de la richesse d'une Nation. Les relations extérieures étaient alors le signe de l'ouverture du pays et celui de sa puissance.
Ce n'est pas un hasard si dans l'histoire des théories, ce sont les auteurs des pays dominants qui ont marqué les esprits.
L'insertion économique extérieure d'un pays se repère aussi par son intégration au sein du système monétaire international. Nous l'avons vu, la valeur d'une monnaie dépend maintenant de la puissance économique du pays et de la confiance que l'on peut en avoir. Mais la comparaison de monnaies entre elles est plus complexe : comment affecter des valeurs et donc un cours, une parité, à chaque devise étrangère ?


Seconde approche : La cohérence économique est-elle l'état normal du système (ou, l'incohérence est-elle l'état normal d'une économie ?)

Un constat problématique : si on prend la période 1900 / 1961, on peut repérer 31 années de crises diverses (dont 19 années de crises générales) contre 16 années de cohérence économique… et, ce, dans certains pays dont, surtout, les USA :

Crise électrique (1900), Richman panic (1903), Cuivre (1906-1909), Industrialisation allemande (1911-1913),  Conséquences de la paix (1920-1922), crise de 1929 (1929-1947), récession de 1948-1949, Corée (1951-1954), production industrielle (1957-1958), récession légère de 1960-1961)…

Depuis on peut repérer les mêmes tendances mais "en plus fort" :

Crise américaine du crédit (1966), resserrement du crédit (1969), Inconvertibilité du dollar (1971), prix du pétrole (1973), faillite de la banque allemande Hersttat (1974), crise obligataire en Angleterre (1974), hausse des Feds Funds (1979), faillite des frères Hunt et démonétisation durable des métaux précieux (1980), crise de la dette des pays moins développés (1981-1982), panne informatique à la Bank of New York (1985), Krach du marché obligataire puis des marchés d'actions (1987-1988), Junk bonds et bulle spéculative japonaise (1989), crise du SME (1992-1993), Correction brutale du marché obligataire (1994), crise mexicaine ou "crise téquila" (1994), crise asiatique immobilière et boursière (1997), crise brésilienne (1997-1998), crise argentine (1998-2002), crise russe des marchés obligataires (1998-1999), krach boursier – bulle internet (2000-2002), crise turque (2000), hyperinflation du Zimbabwe (2001-2009), Junk bonds (2001), crise brésilienne (2002-2003), crise des subprimes (2007-?), crise grecque (2009-?), crise espagnole (2010-?), crise du rouble russe (2014-?),  krach boursier chinois (2014-?) crises auxquelles on peut ajouter un possible krach du brexit...

Depuis 1966, nous avons donc connu 35 années de crises (quasiment toutes des "crises générales") et 15 années de cohérence (faible) avec les mêmes proportions entre cohérence et incohérence qu'avant 1966…



Troisième approche (ou exemple) : l'état de l'Union Européenne

Il est indéniable que ces quatre ensembles et leurs relations ont été bouleversés ces dernières années :
les marchés se sont internationalisés, la production s'est répartie de manière différente entre les pays et les régions créant ainsi ce que l'on nomme une "nouvelle division du travail" au sein de laquelle les critères de répartition des activités dépendent de facteurs extrêmement complexes comme les taux de salaires, les charges sociales, les systèmes fiscaux, les accès aux mains d'œuvre, aux technologies, aux subventions, aux marchés et aux cours des différentes devises....

Ainsi les économies ont éclaté : d'une situation ou tout (presque tout) fonctionnait sur une base nationale nous sommes passés à une situation ou tout (presque tout) est fragmenté et réparti sur des espaces différents comme l'illustrent les deux schémas pages suivantes.
Ainsi les économies se sont fragmentées et, ayant perdu leur cohérence nationale, sont à la recherche d'une cohérence pluri-nationale.

Deux mécanismes sont à l'œuvre sur ce plan :
  • un mécanisme de mondialisation visant à réorganiser l'économie mondiale en un seul système productif global
  •  et un mécanisme de régionalisation visant à recréer des systèmes productifs sur des zones plus restreintes, regroupements de pays sur des regroupements géographiques comme l'Europe… 


1Quelques dates majeures pour une cohérence politique ou contre une réelle cohérence économique ?

· 1950 : la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) unit six pays fondateurs : la Belgique, la France, l'Allemagne, l'Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas. Un marché unique du charbon et de l'acier est institué entre ces États.
 1957 : signature du Traité de Rome. La Communauté Economique Européenne est créée avec la Communauté européenne de l'énergie atomique (EURATOM.) Le Marché commun est donc créé. C'est une union douanière.
·  1973 : le Danemark, l'Irlande et le Royaume-Uni adhèrent à l'Union Européenne.
·  1981 : la Grèce devient le dixième membre de l'Union Européenne.
  1986 : l'Espagne et le Portugal adhèrent à l'Union Européenne.
  1986 : signature de l'Acte unique européen : programme de six ans destiné à supprimer les entraves à la libre circulation des marchandises au sein de l'UE et donnant naissant au "marché unique" achevé en
  1993 (libre circulation des biens, des services, des personnes et des capitaux).
   1993 : signature du traité de Maastricht sur l'Union Européenne.
·  1995 : l'Autriche, la Finlande et la Suède adhèrent.
·  1995 : signature du Traité de Shengen.
·  1999 : signature du traité d'Amsterdam.
·   2004 : adhésion de dix nouveaux pays (Chypre, Estonie, Lettonie, Lituanie, Malte , Pologne, République tchèque,  Slovaquie, Hongrie et Slovénie.)
·   2009 : signature du Traité de Lisbonne.


Une année particulière (1977) est à noter avec le début d'une incohérence communautaire érigée en démarches politiques ! 

Etienne Davignon, Commissaire européen chargé du marché intérieur et des affaires industrielles, propose alors deux Plans : le Davignon I et le Davignon II. Ces Plans préconisent l’arrêt des aides publiques, la réduction des capacités annuelles de production de 32 millions de tonnes d’acier (sur un total 126 millions) échelonnée sur 5 ans et la disparition de 250 000 emplois, la répartition des "spécialisations sidérurgiques" entre les pays ainsi que des mesures protectionnistes pour limiter les importations, négociées avec le Japon et les États-Unis.

           Quelle cohérence européenne peut naître de ce type de politiques ?

·      Le système de production :

Points négatifs : les tentatives de coordination et de répartition des activités entre les pays mais abandon progressif de toute politique industrielle cohérente…
Points positifs : la concurrence entre les producteurs et entre les capitaux fonctionne au sein de l'U.E.
·      
    Le système démographique et le système d'emplois :

Points négatifs : malgré un discours "apparemment partagé", peu de coordination des politiques sociales et des rapprochements réalisés à la marge...
Points positifs : une coordination réelle au niveau de certains secteurs comme celui des formations et des stratégies éducatives.
·      
    Le système des échanges et de la monnaie :

Points négatifs : la charrue avant bœufs… ou la monnaie unique avant l'harmonisation des systèmes de production !
Une séparation délicate entre les pays de la zone Euro et les autres
Une Banque Centrale enfermée au sein d'un dogme libéral…

·      Le système de relations extérieures : 

Points négatifs : Peu de coordination des stratégies des pays.


Incohérence quand tu nous tiens ! 



9 avr. 2016

Emmanuel Macron, un nouveau Guizot ?



Face à vous, sur le ring mêlant l'histoire ancienne et l'actualité, François Guizot, homme politique et historien français, né en 1787, connu pour son célèbre “Enrichissez-vous !”, si souvent tronqué...


Ministre, ami de Thiers, issu d'une bourgeoisie calviniste cévenole aisée, il est secrétaire général du ministère de l'Intérieur lors de la Restauration, puis nommé au Conseil d'Etat pour en être révoqué en 1820. En 1830, il est Ministre de l'Intérieur puis Ministre de l'instruction publique, Ministre des Affaires étrangères en 1840, et enfin, Président du conseil en 1847…

Face à lui dans ce combat semblant atemporel, Emmanuel Macron, né en 1977, sorti de l'ENA en 2004, recruté sous la pression de Serge Weinberg (ancien membre de la Commission Trilatérale) comme banquier d’affaires à la Banque Rothschild en 2008. A la suite de son rôle dans la recapitalisation du journal Le Monde, il est nommé Associé de la Banque en 2010 et, en 2012 devient “Gérant” et gère le rachat de Nestlé par Pfizer (http://www.liberation.fr/france/2012/09/17/avec-macron-l-elysee-decroche-le-poupon_847010)… A cette occasion, il décroche le… million (et même deux !) sans payer néanmoins l’ISF ! En 2011, il anime le "Groupe de la Rotonde" avec Philippe Aghion, Gilbert Cette et Elie Cohen et participe à la campagne de F. Hollande… En mai/juin 2012, il est en partie à l’origine du "Pacte de responsabilité et de solidarité" et du "Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi."

Votre mission, si vous l'acceptez, est de retrouver l'auteur de chacune des déclarations qui suivent !

Qui a dit ?

1…à propos des droits sociaux :

i. “ Il y a eu un temps, temps glorieux parmi nous, où la conquête des droits sociaux et politiques a été la grande affaire de la nation ; la conquête des droits sociaux et politiques sur le pouvoir et sur les classes qui les possédaient seules. Cette affaire-là est faite, la conquête est accomplie ; passons à d'autres.”

ii. "Je crois à la liberté économique, politique, sociale et à notre capacité collective à l’articuler avec la justice.”

2… à propos du "progrès" :

i. ) “Voilà, ça ce sont des réformes du quotidien, qui créent de la mobilité, de l'activité !”"

ii. “Vous voulez avancer à votre tour ; vous voulez faire des choses que n'aient pas faites vos pères. Vous avez raison ; ne poursuivez donc plus, pour le moment, la conquête des droits politiques ; vous la tenez d'eux, c'est leur héritage. (…) voilà ce qui donnera satisfaction à cette ardeur de mouvement, à ce besoin de progrès qui caractérise cette nation.”

3…à propos du dialogue social :

i. “On ne peut pas tout brutaliser.”

ii. “Je ne recherche pas l’impopularité, je n’en pense rien”. “Vous aurez beau amonceler vos calomnies, vous n’arriverez jamais à la hauteur de mon dédain !”

4…à propos de la France :

i. “Nationaliser la monarchie et royaliser la France“

ii. “Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n'a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le roi n'est plus là !”

5…à propos de la richesse :

i. “Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires.”

ii. “De toutes les tyrannies, la pire est celle qui peut ainsi compter ses sujets et voir de son siège les limites de son empire.”

6…à propos des conditions de vie :

i. “Le caractère dominant de la barbarie, c'est l'indépendance de l'individu, la prédominance de l'individualité “

ii. “La vie d’un entrepreneur est plus dure que celle d’un salarié”

7…à propos de la liberté et des idées :

i. "On ne fera pas la France de demain sans faire place aux idées neuves."

ii. "La diversité des pouvoirs est également indispensable à la conservation et à la liberté."


Mais avant de choisir, ne confondez pas Emmanuel Macron avec Macron / Quintus Naevius Cordus Sutorius Macro, né vers 21 av. J.-C. et mort en 38, un haut fonctionnaire impérial romain du Ier siècle !

Traduisons très librement Suétone qui en a fait le portrait :

"Vallsus fit porter par Macron le testament de Hollandus au Sénat, et fit casser la disposition qui léguait l’Elysée à son jeune petit-supporter Moscovicius. Macron avait toute l'estime de Vallsus prétendant au pouvoir, mais une fois celui-ci parvenu à ses fins, et grâce à l'appui du préfet du prétoire, Vallsus va prendre ses distances avec son ancien mentor, jusqu'à se moquer ouvertement de lui. (…) L'appui de Macron en faveur de Caligula ne fut pas récompensé : devenus encombrants, Macron et son épouse Ennia furent forcés d’émigrer en Egypte sur ordre de Vallsus peu après son arrivée au pouvoir." (Suétone, Caligula, 26.)

A vos claviers !


Corrigé de l'exercice (ou rendez à Macron ce qui appartient à Guizot) :

François Guizot :

1-i) “ Il y a eu un temps, temps glorieux parmi nous, où la conquête des droits sociaux et politiques a été la grande affaire de la nation ; la conquête des droits sociaux et politiques sur le pouvoir et sur les classes qui les possédaient seules. Cette affaire-là est faite, la conquête est accomplie ; passons à d'autres.” (source inconnue)

2-ii) “Vous voulez avancer à votre tour ; vous voulez faire des choses que n'aient pas faites vos pères. Vous avez raison ; ne poursuivez donc plus, pour le moment, la conquête des droits politiques ; vous la tenez d'eux, c'est leur héritage. À présent, usez de ces droits ; fondez votre gouvernement, affermissez vos institutions, éclairez-vous, enrichissez-vous, améliorez la condition morale et matérielle de notre France : voilà les vraies innovations ; voilà ce qui donnera satisfaction à cette ardeur de mouvement, à ce besoin de progrès qui caractérise cette nation.” (Ce discours souvent ramené au seul “Enrichissez-vous !” est de François Guizot à la Chambre des députés, séance du 1er mars 1843, réponse à Dufaure.)

3-ii) “Je ne recherche pas l’impopularité, je n’en pense rien” (1833), “Vous aurez beau amonceler vos calomnies, vous n’arriverez jamais à la hauteur de mon dédain !” (1841)

4-i) “Nationaliser la monarchie et royaliser la France.“ Programme du Groupe des Doctrinaires auquel adhéra Guizot (1814-1830)

5-ii) “De toutes les tyrannies, la pire est celle qui peut ainsi compter ses sujets et voir de son siège les limites de son empire.”(Essais sur l'histoire de France)

6-i) “Le caractère dominant de la barbarie, c'est l'indépendance de l'individu, la prédominance de l'individualité." (Cours d’histoire moderne)

7-ii) La diversité des pouvoirs est également indispensable à la conservation et à la liberté. »(De la démocratie en France)


Emmanuel Macron :

1-ii) “Je crois à la liberté économique, politique, sociale et à notre capacité collective à l’articuler avec la justice.” (5 avril 2016)

2-i) “Voilà, ça ce sont des réformes du quotidien qui créent de la mobilité, de l'activité !” (décembre 2014, commentaire à propos des difficultés de l’entreprise GAD.)

3-i) “On ne peut pas tout brutaliser.” (Journal du Dimanche, février 2016)

4-ii) “Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n'a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le roi n'est plus là !” (Le Point,‎ 7 juillet 2015…)

5-i) “Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires.” (Les Echos,‎ 06 janvier 2015.)

6-ii) “La vie d’un entrepreneur est plus dure que celle d’un salarié.” (BFM, 19 janvier 2016.)

7-i) "On ne fera pas la France de demain sans faire place aux idées neuves" (présentation du parti "En Marche…" (février 2016.)

10 mars 2016

Les économistes sont tristes, les économètres non plus !


Ces détournements de textes ont été rédigés en la mémoire de Pierre Sansot et son ouvrage Le Rugby est une fête et le tennis non plus (Petite Bibliothèque Payot, 2002…)

Ces "instantanés" (à peine imaginés ou irréels non plus) ont été réalisés en hommage à cet amoureux du rugby, personnage fabuleux croisé dans des stades et des vestiaires sentant la sueur et l'humanité…

Préambule à ces détournements (ce que P. Sansot aurait pu dire s'il avait préféré l'économie à la philosophie…)


"Pourquoi associer ici l'économie et l'économétrie ? Parce que dans l'une et l'autre de ces disciplines, c'est la même capacité de nous ignorer, de se contredire, de se mêler abusivement  de notre vie quotidienne, de nous opposer à nos semblables. Le dédain, tout autant que la maladresse et le mépris des hommes y ont leur place. Il s'agirait peut-être de redécouvrir notre humanité, notre manière d'appréhender le temps, de vivre presque sans les économistes et les économètres."

Précautions d'usage…


Ces faits et ces propos sont réels.
Seuls les lieux et les dates ont été modifiés afin d'ajouter à ces situations un petit vernis d'exotisme littéraire…

1) Premier détournement, Aéroport de Roissy, février 1980, Terminal 1, salle d'embarquement pour le vol Paris-Bamako…


Ils sont tous là regroupés comme des lemmings des toundras de Norvège, tous vêtus d'un imperméable mastic et s'accrochant à un attaché-case en cuir noir, bouée de la pensée regroupant tous leurs savoirs sous la forme de publications de leur mère putative, la Banque Mondiale et son Président, Alden W. Clausen…
Et puis, le drame :  le plus petit d'entre eux, le plus malingre car le plus doué dans la résolution des modèles prévisionnels de court terme issus de la longue lignée de travaux de Michael K. Evans, trébuche, voit son attaché case s'ouvrir de manière honteuse et ses documents s'envoler dans tous les sens comme des confettis cherchant à s'enfuir de cet aérogare.
Un sombre désespoir s'abattit alors sur le petit groupe : comment allaient-ils faire pour réaliser leur mission ? Car cette mission était fondamentale puisque devant anticiper le niveau d'emploi salarié du Mali en l'an 2000 à l'aide des données de la comptabilité nationale malienne gérée désormais par un ordinateur conséquent (10 méga de mémoire dans un disque dur up to date et géré en PL1 !), ordinateur offert par le Gouvernement français !

Arrivés le soir à Bamako, et logés à l'Hôtel de l'Amitié ("si praaaatique" car proche du fleuve et du principal immeuble de "LA Banque") ils décidèrent de s'offrir un tout petit temps de vie dangereuse en allant boire un jus de citron dans le bar tenu fermement par deux anciennes "dames" reconverties dans la limonade. Certains se sont même aventurés vers le billard trônant au milieu de l'établissement… Ils eurent ainsi l'impression d'être des "rebelles" et frémirent de peur d'être reconnus par d'autres membre de la "Banque".

Le premier jour fut le jour de trop car ils découvrirent que les légumes qu'ils avaient consommés la veille au soir (ils étaient presque tous végétariens) étaient cultivés autour de l'Hôtel et arrosés à l'aide des eaux usées qui se déversaient directement dans le Niger, le "fleuve du sang"…
Le second jour fut pire car point de comptabilité nationale au Mali, point d'alimentation électrique de l'ordinateur up to date, point de listings ou de batches de cartes perforées mais des tonnes de sable infiltrés dans les plus petits composants de la bête désormais abandonnée aux mains des récupérateurs de cuivre !
Le troisième jour fut celui du désespoir total puisque se promenant dans le marché du centre ville, celui ou régnait "le Libanais", grand fournisseur de cafés solubles, ils s'aperçurent que ce marché ne fonctionnait pas sur les principes de la concurrence pure et parfaite. 
Leur monde s'écroulait…
Ils consacrèrent le quatrième jour à la rédaction d'un modèle économétrique du style "IS/LM dynamique" (référence freudienne à une hétérodoxie limitée), modèle susceptible de prévoir le niveau d'emploi salarié du Mali en l'an 2000 à l'aide des données fournies le jour où la comptabilité nationale malienne sera efficiente.


Le plus petit d'entre eux, le plus malingre et le plus doué dans la résolution des modèles prévisionnels de court terme écrivit discrètement dans son cahier de pensées personnelles une petite phrase inspirée de "La Beauté m'insupporte" de Pierre Sansot (Avril 2006,
 Editions Rivages…)
" Quelle est donc cette prétendue science devant laquelle tant d’entre nous s’agenouillent, alors que tant d’autres s’ingénient à l’encenser, quitte à torturer leur corps et à flétrir leur âme ? Faut-il donc plaire à tout prix pour être reconnu, pour augmenter le nombre de ses amis, pour faire carrière dans une entreprise, en politique, pour s’assurer, quand on écrit, les faveurs du public ?"

Fermant son petit cahier, il frémit rétrospectivement devant son audace…

2) Second détournement, Versailles, mars 1982…


Ils en avaient décidé la veille. 
Suite à une invitation transmise par le Grand Maître du futur Sommet de Versailles qui devait se tenir dans la Salle du Sacre les 5 et 6 juin de l'an 1982,  son groupe de recherche (d'une Université "de province") l'avait désigné pour défendre leur dernière publication visant à décrire ce que pourrait être la nouvelle économie française après cette révolution de l'élection de François Mitterrand.
Ils avaient longuement précisé leur approche fondée sur la cohérence et la régulation de cette nouvelle économie et avaient détaillé toutes une série de mesures et de politiques économiques de gauche et orientées vers la satisfaction des attentes d'un peuple n'espérant que du meilleur ou ne refusant que le pire.

Lui, l'élu, le seul barbu du groupe, avait été désigné de par sa tendance à s'imposer dans les débats mais aussi, par sa disponibilité, tous les autres ayant tennis ce jour là.
Il était parti la veille dans un train de nuit (couchettes de seconde classe) avec un sac rempli de présentation de leur programme révolutionnaire et il comptait bien défendre et imposer leur concept de "système productif cohérent" !
La salle était encore à moitié-vide mais notre barbu fût surpris de voir que les défenseurs des politiques les plus libérales, ceux qui l'empêchaient d'accéder à un statut moins mauvais au sein de l'Université, ceux qui se moquaient de tout ce qui ne commençait pas par le fameux "let us suppose a pure and perfect competition"… bref, tous les adorateurs de  Jean-Baptiste Say revisité Ecole de Chicago et mâtiné "Société du Mont Pèlerin", étaient déjà là se serrant la louche avec concupiscence… 
Les "Cher collègue" l'emportaient sur les "salut camarade !"

Prêt pour les échanges, il choisit une place stratégique, face au "Chairman", au milieu de l'amphithéâtre.

La journée fût longue pour son bras droit systématiquement levé afin d'obtenir quelques secondes de micro. Mais le Président de séance, sherpa du sherpa officiel et médiatique du nouveau Président, celui qui lui avait dit un jour qu'une politique de gôche réaliste ne pouvait imaginer des nationalisations, celui qui avait fait en sorte qu'il ne soit pas recruté sur un poste universitaire mis au concours au profit de l'un de ses amis sûrs, celui qui sera plus tard membre du Directoire d'une grande Banque Privée… le regardait avec un petit sourire et donnait systématiquement la parole à des "costumes trois pièces" en fil à fil gris.

"Je n'aurais pas du mettre ma parka" se dit-il en laissant ses documents dans la grande poubelle du fond de la salle…

J'aurais aussi dû continuer à suivre "les chemins de terre avec leurs saisons, leur boue, leurs bas-côtés, leurs bornages, et les sentiers de haute montagne qui s'élancent vertigineusement vers le ciel, les chemins du tout proche mêlés à notre chair et qui en sont comme l'enveloppe, les chemins de l'ailleurs où il est bon d'affronter l'air du large et ceux qui ne mènent nulle part parce que leur destination n'est inscrite sur aucune carte." (Chemins aux vents, Pierre Sansot, Ed. Rivages, 2002.)


3) Troisième détournement, Paris, 1992… à moins que la réalité…


Ils étaient là, face à lui, avec chacun des exemplaires de ses travaux étalés dans un ordre semblant aléatoire mais particulièrement bien choisi car mettant tous en avant un article dans une revue liée à un courant de pensée très proche du marxisme.

Il sût alors que tout était joué et qu'il ne serait pas nommé Professeur des Universités françaises. Mais il ne savait pas combien la séance de défense des travaux lui serait insupportable.

Le Président de séance : "Monsieur, vous travaillez sur les théories du changement technique mais, franchement et clairement, pouvez-vous me dire quelles différences y a t-il entre les fusées et autres navettes spatiales américaines et les fusées russes ?"
Le candidat eu envie de répondre que dans les fusées américaines les voyants verts signalaient un bon fonctionnement alors que dans les fusées russes c'étaient les voyants rouges qui avaient cette fonction. Mais il répondit prudemment qu'il n'y avait pas de différence…
Le Président de séance s'adressant aux membres du Jury : "Vous avez bien noté chers collègues, il n'y a pas de différences ! Il le reconnaît !"
Le Président de séance s'adressant de nouveau au candidat : "Et si dans ces fusées le pilote devient fou et ne va pas en direction de la lune, que se passe-t-il ?"
Le candidat revit la capsule russe faite de tôles fines et de siège style camping au bord de la Mer Noire, qu'un brocanteur vendait à L'Isle sur la Sorgue… mais il n'osa pas en parler et resta coi.
Le Président de séance s'adressant alors à lui : "Je vous conseille d'aller visiter l'exposition actuellement présentée au Musée de l'homme, vous y apprendrez ce qu'est l'économie réelle et la rationalité des grands singes…"

"Il m'a semblé que la mort et la vieillesse, pas plus que le soleil, ne se laissaient regarder en face, et j'ai eu recours à toutes sortes de ruses pour les approcher." (Les Vieux ça ne devrait jamais devenir vieux, P. Sansot, Payot, 2002.)


4) Quatrième détournement, Corbara, mars 2016…


L'inventaire était facile…

Les statues et autres oeuvres d'art avaient été enlevées du maquis entre plage et montagne. Et pourtant elles représentaient involontairement toute la complexité de la crise...
Cette carrosserie de voiture américaine (une Ford, qui plus est !) que la rouille avait transformée en symbole de la période des gangs et de la prohibition…
Cette tête de maure découpée en tailles horizontales façon IRM et neuroscience…
Ces vélos qui pensaient symboliser l'écologie mais dont l'absence de chaîne et de pneus rendait impossible toute idée de voyage…
Ces bois flottés symboles d'un design bien éloigné du Bauhaus et maqué avec "Madame sans-gêne", grande designer cathodique…
Dernière lecture d'un touriste aoûtien, deux pages de notes manuscrites au titre bizarre "Et si les data remplaçaient le brother ?" restées sur la table d'une paillote abandonnée à la nature et aux gendarmes en entraînement…

Le sel et l'eau rendaient ce document difficile à lire mais je décidais de le déchiffrer en le considérant comme s'il était issu d'une bouteille à la mer échouée sur ces belles côtes corses... Je le fis sans précipitation comme Pierre Sansot le conseillait dans son ouvrage "Du bon usage de la lenteur"…

Le début était vraiment trop universitaire… Jugez-en vous mêmes :
"La notion de big data est née en 2003 sous la plume de Bruce Ratner afin d'être appliquée au marketing. S'inspirant des travaux de Peter Lyman et Hal R. Varian cette notion utilise les techniques les plus efficaces pour le traitement des bases de données volumineuses, techniques associant des outils statistiques traditionnels et des "machines d'apprentissage automatique". Un Big data est donc un système de machines travaillant de manières nouvelles sur des bases de données de tailles de plus en plus grandes, bases de données nourries par des... données (comme leur nom l'indique) mais aussi par des méta données créées par regroupements plus ou moins permanents de données croisées entre elles."

Le texte devenait aussi trop abscons…
" Ces données sont récupérées à partir d'une série de supports ou grâce à des instruments comme les données traditionnelles (systèmes transactionnels) 
les médias sociaux avec leurs blogs et leurs communautés diverses, les étiquettes d’identification par radiofréquences, les appareils dotés d’un système de localisation tels les smartphones et autres GPS, les lecteurs de codes-barres, les lecteurs de QR codes, les analyses des tickets de caisse, les données des organismes de financement, de crédit, les cartes de fidélité ou de client et, last but not least, les offres d'achats groupés et les recherches sur le net…
Les années 2011 et 2012 ont consacré le développement massif de ces Big data.

Au fur et à mesure de sa lecture et comme une protection voulue, le texte me poussait dans l'illisible et seules ses dernières lignes me laissaient l'espoir du compréhensible et la nécessité du refus.
Elles ressemblaient à un nouveau crédo libertarien, nouvelle règle du marketing et de la domestication des marchés et des consommateurs…

"Que les données deviennent la règle dans la conduite du monde, des marchés et des individus !
Qu'elles soient désormais disponibles en quantités et qualités suffisantes afin de rendre le monde et ses commerces indiscutables.
Neutres ces données seront, car non produites et récoltées en dehors de tout schéma intellectuel humain chargé de les définir, de les évaluer et  de les mesurer…
En son temps, un nouveau Noé dominera le monde car la fin des théories sera notre futur devant ce déluge des données et devant un quantitatif ayant enfin supplanté les fatras qualitatifs !"

Le dernier lecteur de ce texte avait ajouté au crayon cette phrase tirée de  "Du bon usage de la lenteur…"

" Il y a toujours quelque effronterie à regarder de front."