La roche tarpéienne est proche du Capitole

8 sept. 2016

Le concept de "cohérence" au sein de la pensée économique

Le concept de "cohérence" au sein de la pensée économique (op. 2)

L'histoire de la pensée économique a pratiquement disparue des programmes d'enseignement des Facultés et des Ecoles d'économie…

Balayée par l'orthodoxie mathématico-libérale, cette histoire à été réduite en une sorte d'introduction rapide et vite oubliée au sein des programmes de certains Masters un tant soit peu ouverts sur le passé de la discipline… Au pire, elle est devenue une annexe minuscule histoire de montrer que l'économie a connu son véritable développement à partir le la révolution marginaliste…

Et pourtant, la lecture du passé et les débats et évolutions de la pensée est fondamentale pour en déduire les analyses futures…

Deux exemples "vécus"

Exemple 1 : la pensée orthodoxe précédant tous les textes sacrés !

Nous sommes dans un séminaire portant sur l'économie de l'éducation permettant à de jeunes doctorants de présenter les objectifs de leur future thèse.
L'un d'entre eux nous annonce tranquillement qu'il voudrait évaluer le stock de capital humain mondial à partir des approches canoniques de Schultz (1961) et Becker (1964)
et des réflexions de l'OCDE (1996) et, ce, (mouvements de surprise dans la salle) depuis la révolution du néolithique !
Comment lui expliquer que le néolithique était bien une révolution du commerce mais qu'elle avait pris place bien avant l'existence de données économiques et, a fortiori, avant la révolution marginaliste !

Exemple 2: la pensée orthodoxe, seule approche novatrice !

Nous sommes dans un colloque portant sur la financiarisation de l'économie et un jeune enseignant décrit avec brio (et un usage parfait de Powerpoint) un modèle centré sur les comportements des agents et permettant de séparer les effets de la financiarisation et les causes de cette dernière…
Il ne connaissait pas l'ouvrage de Boukharine (1914) ayant magistralement analysé cette évolution en n'utilisant aucune formalisation et aucun modèle (à part une référence mineure aux courbes d'indifférence à la marge)…
Comment le convaincre qu'une analyse littéraire, sociologique, politique ou historique peut être aussi (plus ?) pertinente qu'un alignement d'équations totalement abstraites ?

Mais laissons de coté ces exemples malheureux pour user et abuser de l'histoire de la pensée économique et, ce, à propos de ce concept de "cohérence"…

Les différents courants de pensée et le concept de "cohérence"

Les précurseurs (1500 / 1760)

Développant leurs approches d'une l'économie féodale, ces précurseurs vont  accompagner la naissance des grandes nations (Angleterre, France, Espagne, Portugal, Hollande, Italie… etc…) qui vont s'opposer à la fois sur les territoires qu'elles contrôlent (et pillent) et sur le commerce maritime…
La nation est donc l'espace de la cohérence de l'économie !

Cette période et ces pensées sont aussi marquées par le nationalisme économique. Dans ce cadre, l'Etat doit sauvegarder trois éléments :
-       sa puissance intérieure : contrôle politique, domination des règles religieuses et ordre civil...
-       sa puissance extérieure : domination sur les colonies, contrôle des nations concurrentes, contrôle des échanges commerciaux…
-       sa richesse (résultat des deux items précédents) : biens, forces de travail, richesse monétaire, richesses et finances du pouvoir et pillage des territoires extérieurs.

Les courants de pensée concernés sont les mercantilistes et quelques pré-classiques comme François Quesnay ou William Petty…
Ces deux derniers auteurs sont à noter car ils vont visualiser cette cohérence par des échanges entre des classes sociales (Tableau de Quesnay, Circuit de Petty…)

La cohérence économique est donc pensée alors comme applicable aux nations et pouvant être décrite par des flux entre acteurs…

Les "classiques" (1760 / 1870)

La période suivante est celle des "lumières" et des avancées notables en matière de production… L'économie devient "moderne" avec le développement de l'industrie trouvant de la force de travail par la réorganisation de l'agriculture et l'apparition de l'économie libérale ou capitaliste…

Cette période et ses pensées sont aussi marquées par des inventions, des organisations nouvelles de la société (le salariat) et le rôle devenu déterminant de la monnaie et des finances privées. L'utopie technique et l'idéal moral deviennent fondamentaux et participeront à la nouvelle définition de la cohérence économique…

Ces auteurs classiques ont quatre questions incontournables :
-       comprendre la société en mutation
-       comprendre les nouveaux rapports de force entre les nations
-       confronter les théories aux faits économiques
-       comprendre et gérer les mécanismes des marchés.

Face à eux, des mouvements opposés comme le socialisme utopique de Proud'hon et la pensée de Marx, pensées trouvant aussi des contradicteurs comme les classiques "naïfs" (Bastiat par exemple...)

La cohérence économique touche principalement des données économiques et sociales caractérisant les nations et leurs rapports commerciaux. Elle est donc désormais centrée sur le couple marchés / nations et sur la reproduction du système économique. Cette reproduction a été pensée comme celle de la "main invisible" (Smith), celle des classes sociales et du commerce (Ricardo, Mill), celle de la population (Malthus) ou celle des marchés sans limite (Say, Bastiat.) Elle a été aussi pensée comme condamnée par l'histoire (Proud'hon, Marx…)

Les "néo-classiques" (1870 / ….)

La période suivante est celle des avancées notables des mathématiques et la fascination de certains économistes (devenus très rapidement les orthodoxes de la pensée) de leurs applications aux relations entre acteurs économiques…

Cette période est celle de la croyance en des comportements "normaux". Ces normalités sont donc aussi recherchées au sein de la pensée économique (s'attribuant au passage le qualificatif de scientifique, comme si l'on devenait ébéniste en essayant avec peine de manier une gouge ou une varlope… ) et vont déboucher sur l'intégration non-critique d'outils définis par ces mathématiques (Walras et l'Equilibre économique général, Menger et le marginalisme, Jevons et la domination de l'individu rationnel.)

La cohérence économique devient alors un artefact, une représentation d'une réalité qui n'est analysée que par des outils importés d'autres champ de la pensée (mathématiques, puis physique, biologie et, désormais, informatique…) ou une peinture abstraite de ce que devrait être la cohérence économique et non ce qu'elle est…

La cohérence est désormais circulaire et vicieuse ! Circulaire puisque que la pensée orthodoxe choisit les outils d'analyse en fonction des résultats qu'elle souhaite. Vicieuse car cherchant à tromper de manière consciente ou non !

Les "keynésiens" (1936 / …)

Les crises de 1882–1886, 1890-1913 (crises de la Baring, des chemins de fer, de l'électricité, de Panama et la récession de 1913), 1920-1923 puis celle de 1929 ont eu deux types de conséquences sur la conception de la cohérence économique…

Devant ces dérèglement très forts, l'automaticité de l'équilibre (synonyme orthodoxe de la cohérence) a été fortement contestée. Les économistes retrouvèrent alors la nécessité (et le plaisir) d'analyser les comportements réels des acteurs économiques. Ainsi Keynes développa ses analyses des anticipations de ces acteurs pour les intégrer dans une logique rendant complémentaires les idées d'équilibre et de déséquilibres…

La cohérence concerne alors l'ensemble des anticipations et les décisions des acteurs et les résultats de leurs confrontations… Cette cohérence laisse ainsi une grande place aux familles d'acteurs et à leurs rôles et pouvoirs… L'Etat en est le principe régulateur et devient un acteur central dans la défense de cette cohérence…

Les nouveaux courants (1970 / …)

La pensée économique est partagée entre le doute et la naïveté de la croyance en des affirmations non démontrées mais considérées comme un crédo au sein duquel les marchés sont les lieux de la cohérence…

Les théories de la régulation vont rechercher dans l'histoire et la biologie les fondements nouveaux de la cohérence économique…
La mise en avant d'une économie décentralisée ou aucune coordination n'est réalisée a priori (Kornaï, Clower, Leijönhufvud…) va déboucher sur des approches en termes de déséquilibres qui, selon leur ampleur conduit à un équilibre ou à une crise…
Les anticipations devenues "rationnelles" contrairement à celles –adaptatives- mises en avant par Keynes se transforment en un principe de cohérence fondé sur la réalisation de suppositions qu'une majorité partage sans pouvoir en démontrer la véracité (Muth) !

Le chantier devient colossal !

  • Quels sont les mécanismes réels qui assurent la reproduction des économies de marché alors que les comportements individuels n'y sont pas a priori compatibles et cohérents entre eux ?
  • Quelles sont les procédures sociales (procédures concrétes) qui assurent cette mise en cohérence des comportements individuels et qui peuvent donc caractériser des périodes dans l'évolution de ces sociétés ?
  • Pourquoi ces mécanismes et ces procédures conduisent-ils parfois à des crises, crises marquées principalement par des incohérences ?
  • Et… surtout… pourquoi certaines de ces crises semblent bénéfiques pour la cohérence des systèmes économiques et d'autres remettent en cause leurs fondements les plus profonds ?

Dans ce cadre nous retrouvons une série de courants qui vont se différencier par leur degré de rupture avec les schémas néoclassiques, keynésiens ou marxistes traditionnels.

Ainsi en est-il :

·      …du courant radical américain mettant en avant des questions aussi importantes que celles de la gestion des ressources non renouvelables (en fait, l'écologie) ou celle du statut du travail et des travailleurs dans un monde dominé par les modéles tayloriens et fordiens…
·      …des courants opéraistes italiens insistant sur le rôle de l'Etat et sur l'autonomie des travailleurs…
·      …des néo-institutionnalistes anglo-saxons essayant d'expliquer l'évolution de nos sociétés par le biais des institutions qu'elles se donnent, institutions matérialisant les oppositions sociale...
·      et des théories de la régulation nées en France autour de deux pôles "géographiques", Paris et Grenoble...

Pour conclure, une petite citation posant le problème de la notion de "scientifique" :

"On constate que, dans certaines sociétés, des sciences se constituent au sein de groupes isolés, en lutte contre des systèmes préscientifiques que d’autres groupes, souvent plus puissants, tiennent généralement pour normaux.
Les groupes ayant atteint le stade de la pensée scientifique sont tout d’abord des groupes qui critiquent ou rejettent les représentations collectives dominantes dans leur société, même si elles s’appuient sur des autorités reconnues, parce qu’ils ont constaté grâce à des expérimentations systématiques, qu’elles ne correspondent pas aux traits observés.
En d’autres termes, les scientifiques sont des chasseurs de mythes. En s’appuyant sur l’observation des faits, il s’efforcent de remplacer les images subjectives des complexes événementiels, les mythes, les croyances et les spéculations métaphysiques par des théories, c’est-à-dire des modèles de relation que l’observation peut vérifier, corroborer et corriger.
Cette chasse aux mythes, la dénonciation comme non fondées dans les faits des mythes véhiculant des représentations : voilà la tâche des sciences."


31 août 2016

En guise de "discours de départ"...




http://www.alterecoplus.fr/tribune/les-idees-fausses-demmanuel-macron-sur-les-35-heures-201508281232-00001982.html

9 juil. 2016

Et si on parlait de cohérence économique ou d'économie cohérente ?

Un concept oublié (retour vers un passé théorique hétérodoxe - op. 1) : 

La cohérence d'un ensemble se définit comme l'absence de contradiction dans l'enchaînement de ses parties entre elles et au sein de son ensemble.

Un postulat de départ :

Une économie est cohérente si chacun des systèmes qui la définissent fonctionnent correctement et ont entre eux des relations elles aussi cohérentes…


Première approche : les quatre systèmes d'une économie cohérente

  • Le système de production
  • Le système démographique et le système d'emplois
  • Le système des échanges et de la monnaie
  • Le système de relations extérieures.
1) Le système de production

Le "système de production" apparaît comme fondamental et il se définit :
  •      par des formes de concurrence traduisant les performances de l'ensemble...
  •      et par des rapports de hiérarchisation entre les branches et les regroupements de ces branches en grands secteurs.
i) Les formes de concurrence : Deux phénomènes sont à distinguer au sein de ces processus de concurrence. Le premier est celui qui oppose des producteurs différents sur le même marché (c'est à dire sur la vente et la production d'un même bien ou d'un même service). Nous nommerons cela la concurrence des producteurs. A coté de ce premier processus existe une seconde concurrence, celle des capitaux. Elle se manifeste par des déplacements de capitaux entre branches différentes au gré des variations des profits. Un producteur se situant dans une branche où le taux de profit est faible va essayer de mobiliser ses capitaux pour investir dans une branche plus rentable. Cette seconde concurrence a été analysée par beaucoup d'économistes comme un principe de cohérence de l'économie : si cette concurrence fonctionne, alors l'économie pourra trouver sa cohésion. Si elle fonctionne mal ou pas du tout, l'économie deviendra rigide et sensible aux crises.

ii) Les rapports de hiérarchisation entre les branches : Les branches ne sont pas simplement ajoutées les unes aux autres au sein des économies. Elles s'organisent entre elles afin de trouver une certaine cohésion. Les économistes ont toujours été partagés pour déterminer les branches les plus importantes au sein de cette cohésion. On a pu effectuer des calculs mathématiques très complexes à ce propos : les résultats ne permettent pas de trancher au sein de ce débat.


2) Le système démographique et le système d'emplois

Le "système démographique" et le "système d'emplois" apparaissent aussi comme fondamentaux.  Ce système se définit :
  •      par des évolutions des grandeurs et des variables démographiques (population totale, population employée),
  •      et par les évolutions des structures et des volumes de l'emploi et par les conditions d'exercice de l'emploi et du travail....
Une économie est aussi (surtout ?) une collectivité humaine. Le système démographique est aussi nécessaire que le système de production.
A coté des variables démographiques et des déterminants de l'emploi et du chômage, il faut ajouter ces conditions d'exercice du travail et de l'emploi pour évaluer le degré de cohérence de l'économie d'un pays ou d'une région.

3) Le système des échanges et de la monnaie

Le fonctionnement des échanges et de la monnaie est aussi un des aspects principaux de la cohérence des systèmes économiques. Les économistes ont d'ailleurs toujours été très gênés par l'étude de la monnaie : ils l'ont souvent considérée comme un "monde à part" n'entretenant que des liaisons particulières avec le monde de la production. La monnaie était ainsi supposée "neutre" ce qui revenait à dire qu'elle avait ses Lois propres différentes des Lois des marchés et de la production. Cette gêne date des débuts de la science économique et a retrouvé une certaine vigueur au sein des mouvements monétaristes récents (Milton Friedman par exemple).
Un exemple européen est là pour nous montrer la difficulté d'une telle analyse : le cas de l'Euro. Il pose en effet une question principale. L'Euro est-il la traduction monétaire d'une économie européenne (mais dans ce cas pourquoi le construire avant que cette dernière soit réalisée ?) ou l'outil privilégié de cette création (mais dans ce cas quid des autres outils ?) Pour comprendre ces relations il faut donc aborder les monnaies et les structures de marché.

4) Le système de relations extérieures

Le système de relations extérieures d'un pays ou d'une région est le dernier des aspects principaux du bon fonctionnement des systèmes économiques. Les économistes ont été sensibles à cette dimension dès le début de leurs réflexions : ils l'ont souvent considérée comme un élément de la richesse d'une Nation. Les relations extérieures étaient alors le signe de l'ouverture du pays et celui de sa puissance.
Ce n'est pas un hasard si dans l'histoire des théories, ce sont les auteurs des pays dominants qui ont marqué les esprits.
L'insertion économique extérieure d'un pays se repère aussi par son intégration au sein du système monétaire international. Nous l'avons vu, la valeur d'une monnaie dépend maintenant de la puissance économique du pays et de la confiance que l'on peut en avoir. Mais la comparaison de monnaies entre elles est plus complexe : comment affecter des valeurs et donc un cours, une parité, à chaque devise étrangère ?


Seconde approche : La cohérence économique est-elle l'état normal du système (ou, l'incohérence est-elle l'état normal d'une économie ?)

Un constat problématique : si on prend la période 1900 / 1961, on peut repérer 31 années de crises diverses (dont 19 années de crises générales) contre 16 années de cohérence économique… et, ce, dans certains pays dont, surtout, les USA :

Crise électrique (1900), Richman panic (1903), Cuivre (1906-1909), Industrialisation allemande (1911-1913),  Conséquences de la paix (1920-1922), crise de 1929 (1929-1947), récession de 1948-1949, Corée (1951-1954), production industrielle (1957-1958), récession légère de 1960-1961)…

Depuis on peut repérer les mêmes tendances mais "en plus fort" :

Crise américaine du crédit (1966), resserrement du crédit (1969), Inconvertibilité du dollar (1971), prix du pétrole (1973), faillite de la banque allemande Hersttat (1974), crise obligataire en Angleterre (1974), hausse des Feds Funds (1979), faillite des frères Hunt et démonétisation durable des métaux précieux (1980), crise de la dette des pays moins développés (1981-1982), panne informatique à la Bank of New York (1985), Krach du marché obligataire puis des marchés d'actions (1987-1988), Junk bonds et bulle spéculative japonaise (1989), crise du SME (1992-1993), Correction brutale du marché obligataire (1994), crise mexicaine ou "crise téquila" (1994), crise asiatique immobilière et boursière (1997), crise brésilienne (1997-1998), crise argentine (1998-2002), crise russe des marchés obligataires (1998-1999), krach boursier – bulle internet (2000-2002), crise turque (2000), hyperinflation du Zimbabwe (2001-2009), Junk bonds (2001), crise brésilienne (2002-2003), crise des subprimes (2007-?), crise grecque (2009-?), crise espagnole (2010-?), crise du rouble russe (2014-?),  krach boursier chinois (2014-?) crises auxquelles on peut ajouter un possible krach du brexit...

Depuis 1966, nous avons donc connu 35 années de crises (quasiment toutes des "crises générales") et 15 années de cohérence (faible) avec les mêmes proportions entre cohérence et incohérence qu'avant 1966…



Troisième approche (ou exemple) : l'état de l'Union Européenne

Il est indéniable que ces quatre ensembles et leurs relations ont été bouleversés ces dernières années :
les marchés se sont internationalisés, la production s'est répartie de manière différente entre les pays et les régions créant ainsi ce que l'on nomme une "nouvelle division du travail" au sein de laquelle les critères de répartition des activités dépendent de facteurs extrêmement complexes comme les taux de salaires, les charges sociales, les systèmes fiscaux, les accès aux mains d'œuvre, aux technologies, aux subventions, aux marchés et aux cours des différentes devises....

Ainsi les économies ont éclaté : d'une situation ou tout (presque tout) fonctionnait sur une base nationale nous sommes passés à une situation ou tout (presque tout) est fragmenté et réparti sur des espaces différents comme l'illustrent les deux schémas pages suivantes.
Ainsi les économies se sont fragmentées et, ayant perdu leur cohérence nationale, sont à la recherche d'une cohérence pluri-nationale.

Deux mécanismes sont à l'œuvre sur ce plan :
  • un mécanisme de mondialisation visant à réorganiser l'économie mondiale en un seul système productif global
  •  et un mécanisme de régionalisation visant à recréer des systèmes productifs sur des zones plus restreintes, regroupements de pays sur des regroupements géographiques comme l'Europe… 


1Quelques dates majeures pour une cohérence politique ou contre une réelle cohérence économique ?

· 1950 : la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) unit six pays fondateurs : la Belgique, la France, l'Allemagne, l'Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas. Un marché unique du charbon et de l'acier est institué entre ces États.
 1957 : signature du Traité de Rome. La Communauté Economique Européenne est créée avec la Communauté européenne de l'énergie atomique (EURATOM.) Le Marché commun est donc créé. C'est une union douanière.
·  1973 : le Danemark, l'Irlande et le Royaume-Uni adhèrent à l'Union Européenne.
·  1981 : la Grèce devient le dixième membre de l'Union Européenne.
  1986 : l'Espagne et le Portugal adhèrent à l'Union Européenne.
  1986 : signature de l'Acte unique européen : programme de six ans destiné à supprimer les entraves à la libre circulation des marchandises au sein de l'UE et donnant naissant au "marché unique" achevé en
  1993 (libre circulation des biens, des services, des personnes et des capitaux).
   1993 : signature du traité de Maastricht sur l'Union Européenne.
·  1995 : l'Autriche, la Finlande et la Suède adhèrent.
·  1995 : signature du Traité de Shengen.
·  1999 : signature du traité d'Amsterdam.
·   2004 : adhésion de dix nouveaux pays (Chypre, Estonie, Lettonie, Lituanie, Malte , Pologne, République tchèque,  Slovaquie, Hongrie et Slovénie.)
·   2009 : signature du Traité de Lisbonne.


Une année particulière (1977) est à noter avec le début d'une incohérence communautaire érigée en démarches politiques ! 

Etienne Davignon, Commissaire européen chargé du marché intérieur et des affaires industrielles, propose alors deux Plans : le Davignon I et le Davignon II. Ces Plans préconisent l’arrêt des aides publiques, la réduction des capacités annuelles de production de 32 millions de tonnes d’acier (sur un total 126 millions) échelonnée sur 5 ans et la disparition de 250 000 emplois, la répartition des "spécialisations sidérurgiques" entre les pays ainsi que des mesures protectionnistes pour limiter les importations, négociées avec le Japon et les États-Unis.

           Quelle cohérence européenne peut naître de ce type de politiques ?

·      Le système de production :

Points négatifs : les tentatives de coordination et de répartition des activités entre les pays mais abandon progressif de toute politique industrielle cohérente…
Points positifs : la concurrence entre les producteurs et entre les capitaux fonctionne au sein de l'U.E.
·      
    Le système démographique et le système d'emplois :

Points négatifs : malgré un discours "apparemment partagé", peu de coordination des politiques sociales et des rapprochements réalisés à la marge...
Points positifs : une coordination réelle au niveau de certains secteurs comme celui des formations et des stratégies éducatives.
·      
    Le système des échanges et de la monnaie :

Points négatifs : la charrue avant bœufs… ou la monnaie unique avant l'harmonisation des systèmes de production !
Une séparation délicate entre les pays de la zone Euro et les autres
Une Banque Centrale enfermée au sein d'un dogme libéral…

·      Le système de relations extérieures : 

Points négatifs : Peu de coordination des stratégies des pays.


Incohérence quand tu nous tiens ! 



9 avr. 2016

Emmanuel Macron, un nouveau Guizot ?



Face à vous, sur le ring mêlant l'histoire ancienne et l'actualité, François Guizot, homme politique et historien français, né en 1787, connu pour son célèbre “Enrichissez-vous !”, si souvent tronqué...


Ministre, ami de Thiers, issu d'une bourgeoisie calviniste cévenole aisée, il est secrétaire général du ministère de l'Intérieur lors de la Restauration, puis nommé au Conseil d'Etat pour en être révoqué en 1820. En 1830, il est Ministre de l'Intérieur puis Ministre de l'instruction publique, Ministre des Affaires étrangères en 1840, et enfin, Président du conseil en 1847…

Face à lui dans ce combat semblant atemporel, Emmanuel Macron, né en 1977, sorti de l'ENA en 2004, recruté sous la pression de Serge Weinberg (ancien membre de la Commission Trilatérale) comme banquier d’affaires à la Banque Rothschild en 2008. A la suite de son rôle dans la recapitalisation du journal Le Monde, il est nommé Associé de la Banque en 2010 et, en 2012 devient “Gérant” et gère le rachat de Nestlé par Pfizer (http://www.liberation.fr/france/2012/09/17/avec-macron-l-elysee-decroche-le-poupon_847010)… A cette occasion, il décroche le… million (et même deux !) sans payer néanmoins l’ISF ! En 2011, il anime le "Groupe de la Rotonde" avec Philippe Aghion, Gilbert Cette et Elie Cohen et participe à la campagne de F. Hollande… En mai/juin 2012, il est en partie à l’origine du "Pacte de responsabilité et de solidarité" et du "Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi."

Votre mission, si vous l'acceptez, est de retrouver l'auteur de chacune des déclarations qui suivent !

Qui a dit ?

1…à propos des droits sociaux :

i. “ Il y a eu un temps, temps glorieux parmi nous, où la conquête des droits sociaux et politiques a été la grande affaire de la nation ; la conquête des droits sociaux et politiques sur le pouvoir et sur les classes qui les possédaient seules. Cette affaire-là est faite, la conquête est accomplie ; passons à d'autres.”

ii. "Je crois à la liberté économique, politique, sociale et à notre capacité collective à l’articuler avec la justice.”

2… à propos du "progrès" :

i. ) “Voilà, ça ce sont des réformes du quotidien, qui créent de la mobilité, de l'activité !”"

ii. “Vous voulez avancer à votre tour ; vous voulez faire des choses que n'aient pas faites vos pères. Vous avez raison ; ne poursuivez donc plus, pour le moment, la conquête des droits politiques ; vous la tenez d'eux, c'est leur héritage. (…) voilà ce qui donnera satisfaction à cette ardeur de mouvement, à ce besoin de progrès qui caractérise cette nation.”

3…à propos du dialogue social :

i. “On ne peut pas tout brutaliser.”

ii. “Je ne recherche pas l’impopularité, je n’en pense rien”. “Vous aurez beau amonceler vos calomnies, vous n’arriverez jamais à la hauteur de mon dédain !”

4…à propos de la France :

i. “Nationaliser la monarchie et royaliser la France“

ii. “Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n'a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le roi n'est plus là !”

5…à propos de la richesse :

i. “Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires.”

ii. “De toutes les tyrannies, la pire est celle qui peut ainsi compter ses sujets et voir de son siège les limites de son empire.”

6…à propos des conditions de vie :

i. “Le caractère dominant de la barbarie, c'est l'indépendance de l'individu, la prédominance de l'individualité “

ii. “La vie d’un entrepreneur est plus dure que celle d’un salarié”

7…à propos de la liberté et des idées :

i. "On ne fera pas la France de demain sans faire place aux idées neuves."

ii. "La diversité des pouvoirs est également indispensable à la conservation et à la liberté."


Mais avant de choisir, ne confondez pas Emmanuel Macron avec Macron / Quintus Naevius Cordus Sutorius Macro, né vers 21 av. J.-C. et mort en 38, un haut fonctionnaire impérial romain du Ier siècle !

Traduisons très librement Suétone qui en a fait le portrait :

"Vallsus fit porter par Macron le testament de Hollandus au Sénat, et fit casser la disposition qui léguait l’Elysée à son jeune petit-supporter Moscovicius. Macron avait toute l'estime de Vallsus prétendant au pouvoir, mais une fois celui-ci parvenu à ses fins, et grâce à l'appui du préfet du prétoire, Vallsus va prendre ses distances avec son ancien mentor, jusqu'à se moquer ouvertement de lui. (…) L'appui de Macron en faveur de Caligula ne fut pas récompensé : devenus encombrants, Macron et son épouse Ennia furent forcés d’émigrer en Egypte sur ordre de Vallsus peu après son arrivée au pouvoir." (Suétone, Caligula, 26.)

A vos claviers !


Corrigé de l'exercice (ou rendez à Macron ce qui appartient à Guizot) :

François Guizot :

1-i) “ Il y a eu un temps, temps glorieux parmi nous, où la conquête des droits sociaux et politiques a été la grande affaire de la nation ; la conquête des droits sociaux et politiques sur le pouvoir et sur les classes qui les possédaient seules. Cette affaire-là est faite, la conquête est accomplie ; passons à d'autres.” (source inconnue)

2-ii) “Vous voulez avancer à votre tour ; vous voulez faire des choses que n'aient pas faites vos pères. Vous avez raison ; ne poursuivez donc plus, pour le moment, la conquête des droits politiques ; vous la tenez d'eux, c'est leur héritage. À présent, usez de ces droits ; fondez votre gouvernement, affermissez vos institutions, éclairez-vous, enrichissez-vous, améliorez la condition morale et matérielle de notre France : voilà les vraies innovations ; voilà ce qui donnera satisfaction à cette ardeur de mouvement, à ce besoin de progrès qui caractérise cette nation.” (Ce discours souvent ramené au seul “Enrichissez-vous !” est de François Guizot à la Chambre des députés, séance du 1er mars 1843, réponse à Dufaure.)

3-ii) “Je ne recherche pas l’impopularité, je n’en pense rien” (1833), “Vous aurez beau amonceler vos calomnies, vous n’arriverez jamais à la hauteur de mon dédain !” (1841)

4-i) “Nationaliser la monarchie et royaliser la France.“ Programme du Groupe des Doctrinaires auquel adhéra Guizot (1814-1830)

5-ii) “De toutes les tyrannies, la pire est celle qui peut ainsi compter ses sujets et voir de son siège les limites de son empire.”(Essais sur l'histoire de France)

6-i) “Le caractère dominant de la barbarie, c'est l'indépendance de l'individu, la prédominance de l'individualité." (Cours d’histoire moderne)

7-ii) La diversité des pouvoirs est également indispensable à la conservation et à la liberté. »(De la démocratie en France)


Emmanuel Macron :

1-ii) “Je crois à la liberté économique, politique, sociale et à notre capacité collective à l’articuler avec la justice.” (5 avril 2016)

2-i) “Voilà, ça ce sont des réformes du quotidien qui créent de la mobilité, de l'activité !” (décembre 2014, commentaire à propos des difficultés de l’entreprise GAD.)

3-i) “On ne peut pas tout brutaliser.” (Journal du Dimanche, février 2016)

4-ii) “Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n'a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le roi n'est plus là !” (Le Point,‎ 7 juillet 2015…)

5-i) “Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires.” (Les Echos,‎ 06 janvier 2015.)

6-ii) “La vie d’un entrepreneur est plus dure que celle d’un salarié.” (BFM, 19 janvier 2016.)

7-i) "On ne fera pas la France de demain sans faire place aux idées neuves" (présentation du parti "En Marche…" (février 2016.)